Etats-Unis, Israël : une collusion suspecte

Publié le par T. BOUHMOUCH


 

Rédigé en juillet 2002.

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Après les évènements terribles du 11 septembre, l'idée a prévalu que la première puissance mondiale allait réaliser que sa stabilité pouvait être ébranlée et son ascendant vaciller en dépit de son omnipotence politique, de son agence de renseignements et de son bouclier anti-missiles.

 

 

On avait commencé à espérer (avec un brin de naïveté) que les instances dominantes allaient devenir plus sensibles aux injustices profondes qui flétrissent l'humanité. On s'était mis en tête que ces instances allaient s'interroger sur le pourquoi des actes perpétrés, sur les raisons qui poussent des hommes, souvent dans la fleur de l'âge, sur la voie de la violence et du jusqu'au-boutisme.

L'attitude hautaine des dirigeants américains à l'égard des peuples démunis et opprimés suscite l'indignation et l'hostilité. Ce sont toujours les mêmes qui pâtissent du "droit de veto" à l'ONU, du précepte infâme du deux-poids deux-mesures. L'opinion internationale a fini hélas par s'y habituer. L'homme de la rue a l'impression que les Arabes sont aujourd'hui "punis". Parce qu'ils ont émis des réserves sur la définition du terrorisme et ont refusé d'y inclure les actes de résistance contre l'occupation, ils ont fait l'objet d'une campagne médiatique hostile. Parce qu'ils ont osé dire non à l'idée d'une nouvelle agression contre l'Irak, le feu vert a été donné à Sharon pour mettre en œuvre son programme d'extermination.

Au fait, pourquoi s'acharner sur Milosevic au tribunal de La Haye ? Ses actes criminels en Bosnie et au Kosovo sont-ils plus ignobles que ceux que Sharon, Moufaz et Ben Elliazer ont perpétré récemment à Jenine et à Ramallah ? Y aurait-t-il des génocides moins acceptables que d'autres ?

 

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Les aveux de l'histoire

  

Les Etats-Unis qui assument plus que jamais le rôle de "Satan" sur la scène internationale, ont l'aplomb de parler de combat du "Bien" contre le "Mal". Du temps de Reagan on tenait le même discours réducteur : le Bien devait triompher mordicus du Mal. Soit vous êtes avec nous, soit vous êtes contre nous. Comment croire à une telle baliverne : n'est-ce pas avec l'arsenal fourni par les responsables américains et leur soutien insolent que les exactions et carnages sont commis périodiquement dans les villes et camps palestiniens ?

Laissons de côté un instant notre pusillanimité face à l'absolutisme américain et examinons les faits.

 

L'observation du présent, en effet, nous conduit à une évocation troublante du passé, à une longue suite d'exploits inavouables. Au XIXè siècle, la politique des États-Unis envers les Amérindiens fut impitoyable : guerres indiennes, déportations, massacres, dévastations des territoires et de leurs ressources, spoliation (Indian Removal Act de mai 1830, Homestead Act de 1862), alliances non respectées... Peu après la guerre de Sécession, l'organisation terroriste Ku Klux Klan entre en action. Raciste et très violente, elle est interdite en 1877, puis recréée en 1915. Ses membres croyaient à la suprématie blanche et en l'infériorité innée des Noirs. Ils ne purent jamais accepter que d'anciens esclaves puissent accéder à l'égalité civique et à des fonctions politiques. Ils semèrent la terreur, empêchaient les Noirs de voter, d'occuper un poste et d'exercer leurs droits politiques récemment acquis (en 1865). Les victimes étaient flagellées, mutilées ou lynchées.

 

L'histoire ne saurait oublier les 180.000 victimes à Hiroshima et à Nagasaki (la bombe atomique lancée sur la première ville avait une puissance supérieure à celle de 20.000 tonnes de TNT). Les Japonais étaient persuadés que les soldats américains étaient cruels et sanguinaires. On se remémore aussi les bombes au napalm déversées sur le Vietnam. Le napalm, qui avait pour effet d'absorber l'oxygène, provoquait des brûlures atroces. Ajoutons à ce tableau de chasse prestigieux le coup d'état militaire contre le  président chilien Allende. Nul n'ignore que de 1971 à 1973, la CIA apportait un soutien financier aux opposants du régime socialiste.

 

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Que dire du génocide insupportable perpétré sous nos yeux en Irak depuis 1990 ? Comment peut-on se décider à bombarder des monuments millénaires (l’histoire ancienne de l’Irak se confond avec celle de la Mésopotamie), à lancer des missiles sur des abris (et brûler vifs des centaines de citoyens) ? Dans le feu de l'action, les militaires ont oublié qu'un abri est un local destiné à protéger la population civile. Que faut-il penser des bombardements arrogants et irresponsables des objectifs civils en Libye (1986), d'une fabrique de médicaments au Soudan, etc. ? Les Huns et les Goths étaient-ils plus dévastateurs ?

 

 

La démesure, expression du désespoir

 

 

A bien y réfléchir, l'administration américaine n'a aucunement une attitude humaine à l'égard des peuples qu'elle a décidé de vouer aux gémonies, ni la moindre idée de l'ampleur de leurs souffrances et de leur ressentiment. Elle n'hésite pas à se ravaler en multipliant les éloges en direction de Sharon, devenu "homme de paix" en dépit de ses mains maculés de sang. Elle s'arroge le droit de statuer sur la légitimité du Président Arafat, de le déclarer récusable. Il s'agit, comme chacun sait, d'un chef historique et d'un président élu. Les Américains, de toute évidence, n'ont pas à mettre leur nez dans la question du leadership palestinien.

 

Les faits n'admettent aucune équivoque : les Etats-Unis sont corps et âmes acquis à la cause sioniste. Tous les responsables pour ainsi dire justes et impartiaux sont systématiquement écartés des pôles de décision, notamment dans les Affaires étrangères et dans les centres de recherches sur le Moyen-Orient. Quant à la population américaine, elle est connue pour sa candeur et sa mauvaise perception des événements qui se déroulent au-delà des frontières. Manifestement, elle ne comprend pas le problème palestinien et se laisse facilement mystifier par les médias tendancieux qui prédominent.

 

Les dégâts terribles du 11 septembre semblent avoir modifié la psychologie américaine, mais dans quel sens ? Eradiquer les causes du drame ne se limite pas à démanteler un réseau, à supprimer physiquement des activistes, à inscrire des pays et des organisations sur des listes. La violence répond à la violence et la démesure est toujours l'expression du désespoir. Ce sont des symboles, notons-le, qui ont été attaqués (à New York et Washington).

 

Il ne suffit pas d'exécrer les auteurs des attentats, de s'interroger sur leurs sources de financement. Il est impératif de comprendre la cause pour laquelle ils ont décidé de sacrifier leur vie. Détruire Kaboul est relativement facile, mais ne sert à rien. Tel pays est "puni", mais le problème reste entier. L'adversaire n'a ni Etat, ni frontières.

 

Les Etats-Unis sont devenus comme un lion blessé. Ils se demanderont encore longtemps pourquoi ils sont abominés.

 

 

T. Bouhmouch

Article paru dans le périodique La Vérité (Casablanca) du 28 juin-4 juillet 2002.

 

 

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